Réflexion sur les rapprochements entre musulmans et chrétiens. Le cas du Chili. Entretien avec Sheikh Muytaba de Santiago.

Depuis cette crise que nous traversons, les alliances entre résistants se multiplient. Parfois fragilisées par des opinions divergentes, des histoires d’origines, de religions, de classes sociales…, elles se brisent par manque de foi. Les chrétiens et les musulmans français sont « persécutés » et doivent accepter de s’allier pour vaincre leur ennemi commun. Ces modèles d’ententes existent depuis longtemps et aux quatre coins du monde. Au Sénégal, la cohabitation est très ancienne et cette année, chrétiens et musulmans ont partagé des moments de convivialité pendant le mois de Ramadan et le Carême, qui se déroulaient au même moment[1]. De plus, ils n’hésitent pas à s’unir et agir lorsque certains discours ou actions portent atteinte à cette bonne entente[2].

Sheikh Muytaba et le père George de l’église orthodoxe réunis lors d’une prière pour la Syrie

Sheikh Muytaba, de son véritable nom Gustavo Zhender vit à Santiago du Chili, il est devenu le premier Sheikh de sa ville après avoir étudié la théologie islamique en Iran.  Il s’est converti à l’Islam très tôt lorsqu’il avait 8 ans et qu’il vivait dans la ville de Linares. Il a découvert l’Islam par le biais de son frère ainé qui lui-même était converti. Il fut directement séduit par la notion du Tawhid[3].

Au Chili, la majorité des musulmans sont convertis et comme dans les autres pays latino-américains, il n’existe pas de statistiques précises pour les quantifier. On se base sur le nombre de shahadas (professions de foi) par les imams. Ce chiffre reste donc approximatif. Il y aurait entre 2 000 et 5 000 musulmans dans ce pays. Même s’ils représentent une minorité, les musulmans collaborent avec les chrétiens, et ce, depuis déjà bien longtemps. 

Plus de chrétiens que de musulmans…

La chercheuse américaine Teresa Alfaro-Velcamp de l’Université de Californie, elle-même d’ascendance libano-mexicaine, explique dans son livre que sous l’Empire Ottoman les musulmans, les juifs et les chrétiens n’étaient pas traités de la même manière. Et ses propos rejoignent ceux de Kemal Karpat, un historien turc qui s’est également penché sur la question. Pour eux, les musulmans n’avaient pas l’autorisation de quitter leur pays d’origine car ils étaient appelés à combattre lors des guerres. Certains musulmans émigrèrent mais ils durent mentir et se faire passer pour des chrétiens[4].

Les premiers immigrés arabes, appelés plus communément « los Turcos »[5] ou « los moros[6] », sont arrivés dès la fin du 19e siècle. Le Chili aurait accueilli moins d’immigrés que ses voisins. Selon les statistiques, entre 1895 et 1940, entre 8 000 et 10 000 immigrés s’y installèrent[7].

Ces derniers subirent fortement le racisme. C’est aussi pour cette raison que pour s’insérer au mieux dans la société chilienne, ils prirent des prénoms espagnols et apportèrent une consonance hispanique à leur nom de famille en modifiant ou en ajoutant une lettre par exemple.

Les musulmans se convertirent au christianisme car il était compliqué de pratiquer leur religion loin des leurs et dans un environnement où ils n’avaient aucun repère.

Beaucoup d’entre eux se marièrent avec des immigrés européens. Cette culture européenne est très marquée en Amérique du Sud et selon Gustavo, cela favoriserait l’égalité entre musulmans et chrétiens sur différents plans.

Les premiers immigrés arabes étaient plutôt pauvres et commerçants, car ils n’avaient pas d’autres opportunités. De nos jours, la situation a bien évolué et ils sont reconnus, au même titre que les juifs, ils ont de l’argent et occupent des postes à haute responsabilité. D’ailleurs beaucoup de célébrités latino-américaines et de présidents ont des origines arabes.[8]

Aujourd’hui, la deuxième et la troisième génération se convertissent à l’Islam pour retrouver leur identité « perdue » et grâce aux nouvelles technologies, il est plus facile de tisser des liens avec leur pays d’origine. C’est vital et nécessaire pour eux,  disent-ils.

La mère de Gustavo est une chrétienne d’origine palestinienne et son père est d’ascendance européenne. Malgré tout, sa conversion fut très bien acceptée par sa famille.  

Beaucoup de latino-américains se convertissent à l’islam car ils fréquentent des musulmans et affirment que l’Islam est la religion originelle. La femme de Gustavo est une brésilienne convertie qui n’a aucun ancêtre d’origine arabe puisqu’elle vient d’une famille européenne. Elle a des origines italienne et portugaise. Elle était chrétienne protestante et s’est dirigée vers l’Islam par le biais d’une amie et de son mari.

Dans la culture latino-américaine, on s’identifie plus qu’en Occident à son pays de naissance. Les origines apportent une plus grande ouverture d’esprit. On accepte les autres sans les juger et cela favorise le dialogue interreligieux.

Une priorité : La Palestine

Au Chili on soutient la Palestine. Ce pays compte une grande communauté palestinienne. Ils seraient environ 1 million dans le pays (sur 18 millions d’habitants). Majoritairement chrétiens. Les palestiniens sont présents dans les différentes sphères du pays, en politique, dans tous types de partis, de droite comme de gauche, en tant que dirigeants de grandes entreprises, dans les métiers de l’art et de la culture,…, il existe même une équipe de football palestinienne.

Le thème de la Palestine est une cause chilienne avant d’être une cause musulmane ou arabe, selon Gustavo.  Cela démontre encore une fois que les relations entre le monde arabe et l’Amérique-Latine ne s’arrêtent pas à une histoire d’immigration. Il ne s’agit pas seulement d’une terre d’accueil mais d’une connexion bien plus profonde. En effet, ces peuples ont beaucoup de points communs : la révolution, la justice, la solidarité envers les peuples opprimés, l’antisionisme et l’antiimpérialisme. D’ailleurs, les amitiés entre les peuples arabes et latino-américains sont très anciennes.

Une fascination pour Al Andalus

La langue espagnole fut implantée en Amérique-latine, tout comme la culture maure fut introduite sur le continent et cela est visible dans différents domaines : architecture, cuisine, langue, danse… Beaucoup de latino-américains se convertissent à l’Islam parce qu’ils se disent héritiers de l’époque d’Al Andalus. Ils se réfèrent non pas aux périodes de luttes, de guerres ou de batailles, mais à cette fameuse cohabitation, cette période pendant laquelle juifs, chrétiens et musulmans vivaient en paix et en harmonie, une période de tolérance religieuse qui en séduit plus d’un de nos jours. Les croyants latino-américains ont au fond d’eux l’espoir de voir renaitre un jour une société métissée dans laquelle les savoirs s’échangeront et où il fera enfin bon vivre.

La convivencia ou cohabitation est la période pendant laquelle Chrétiens,
Juifs et Musulmans vivaient en paix et en harmonie

En Occident, nous sommes loin de cette période de cohabitation mais rien n’est perdu. Gustavo me disait qu’il est grand temps que les gens laissent de côté leur différences et se focalisent sur leurs points communs. Nous devons selon lui être plus humains et entretenir des relations de respect les uns envers les autres, c’est ce que nous inculquent nos religions, dit-il. Et c’est la base d’une bonne entente ! Il est important de regarder en nous et de nous accepter tels que nous sommes, avec nos qualités et nos défauts. Nous devons également faire preuve de tolérance et être sincères les uns envers les autres pour ainsi mieux nous recentrer sur nos objectifs.

« Hier, j’étais intelligent et je voulais changer le monde, aujourd’hui, je suis sage et je me change moi-même »

                                                                                                                                      Djalâl Ad-Dîn Rûmî

Lorsque je lui ai parlé d’Ordinare, Gustavo m’a répondu qu’il fallait multiplier ce genre d’initiatives car en Occident le contexte est différent.

Ordinare a été créée pour fédérer des chrétiens et des musulmans mais surtout pour rassembler des Français, désireux de voir se construire un nouveau monde basé sur de belles valeurs. Notre objectif étant de replacer notre créateur au sein de notre société.

Ordinare: Première alliance de croyants oeuvrant pour la sauvegarde de la France

En 2021, ce projet est entré dans l’histoire grâce à des croyants qui souhaitent voir les mentalités évoluer en multipliant diverses actions.

Dieu est avec nous ! et c’est aussi pour cela que nous gardons foi et espoir. Nous nous battons pour la juste cause et pour enfin faire émerger la vérité ! Il est grand temps de mettre de côté notre ego et de nous rassembler pour lutter contre un ennemi commun qui ne souhaite qu’une seule chose : nous éloigner de Dieu ! ils veulent nous diviser pour mieux régner, nous asservir pour mieux nous contrôler. Et la citation de Porfirio Diaz prend tout son sens lorsqu’il évoquait la situation de son pays, le Mexique…« Pauvre Mexique…Si loin de Dieu et si proche des Etats-Unis ». Il est grand temps de mettre un point final à toute cette mascarade et réécrire un nouveau chapitre de l’histoire.

Nous ne nous soumettrons plus car nous savons au fond de nous que la victoire est proche. Aujourd’hui, Nous, croyants et membres d’Ordinare, nous prenons exemple sur nos frères et soeurs latino-américains, africains, asiatiques et nous gardons espoir que cette cohabitation s’installera, et cette fois-ci pour l’éternité ! qu’il en soit ainsi ! Amin ! Amen !


[1] Seydina Aba Gueye « A Dakar, chrétiens et musulmans renforcent leur cohésion durant le jeûne », Voa Afrique, le 17/04/2022

https://www.voaafrique.com/a/a-dakar-chr%C3%A9tiens-et-musulmans-renforcent-leur-coh%C3%A9sion-/6530973.html

[2] Ibrahima Cissé « Sénégal : musulmans et chrétiens unis contre l’intolérance religieuse », cath.ch, le 24/04/2022

https://www.cath.ch/newsf/senegal-musulmans-et-chretiens-unis-contre-lintolerance-religieuse/

[3] Monothéisme

[4] Theresa Alfaro-Velcamp « So far from Allah, so close to Mexico », University of Texas Press, Austin, Texas, 2007, P.50-51

[5] Les turcs. A l’époque, les immigrés syriens, libanais et palestiniens étaient appelés ainsi car ils vivaient sous l’empire Ottoman

[6] Les maures

[7] Lorenzo Agar Corbinos « Inmigrantes y descendientes de árabes en Chile : Adaptación social », dans « Los árabes en América-Latina-Historia de una emigración », Abdeluahed Akmir (coordinateur), Editions Siglo XXI, 2009, P.99

[8] De nombreux pays latino-américains furent et sont encore présidés par des enfants d’immigrés d’origine arabe. En voici quelques exemples : Julio César Turbay dirigea la Colombie entre 1978 et 1982 et venait d’une famille de commerçants libanais. Carlos Saúl Menem, d’origine syrienne, fut le président d’Argentine entre 1989 et 1999. Issu d’une famille musulmane, il dut renoncer à sa religion avant de se présenter à l’élection présidentielle. Il se convertit au christianisme afin d’être en accord avec les valeurs de son pays. Les présidents de l’Equateur Abdallah Bucaram et Jamil Mahuad, qui dirigèrent le pays respectivement entre 1996 et 1997 et 1998 et 2000, étaient tous deux d’origine libanaise.  Carlos Roberto Flores Facussé est issu d’une des plus riches familles palestiniennes du Honduras et présida le pays entre 1998 et 2002. Plus récemment, Nayib Bukele, fils d’immigrés palestiniens dirige le Salvador depuis 2019.

Parmi les célébrités, nous citerons le nom de Salma Hayek (libanaise et mexicaine) et de Shakira (libanaise et colombienne). Carlos Slim Helú, ce mexicain d’origine libanaise est un homme d’affaire devenu milliardaire.


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